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Publié le 6 Avr 2026

Agent immobilier : obligation de vérifier la solvabilité de l’acquéreur et responsabilité en cas de défaillance

L’agent immobilier, en sa qualité de mandataire, est tenu d’une obligation de moyens incluant la vérification de la solvabilité de l’acquéreur et de la provenance des fonds. À défaut, il engage sa responsabilité envers son mandant lorsque cette carence conduit à l’échec de la vente et à l’impossibilité de recouvrer la clause pénale.


1. Devoir de vérification et de conseil

L’article 1991 du Code civil dispose que le mandataire répond des dommages-intérêts qui pourraient résulter de son inexécution.

Selon, l’article 1992 du Code civil précise qu’il répond non seulement de son dol, mais encore des fautes qu’il commet dans sa gestion.

L’article 1231-5 du Code civil encadre la clause pénale, laquelle constitue une évaluation forfaitaire et anticipée du préjudice résultant de l’inexécution contractuelle.

Ces dispositions doivent être combinées avec les règles applicables aux agents immobiliers, notamment celles issues de la loi Hoguet, qui interdisent la perception de toute somme avant la conclusion effective de la vente par acte authentique.

Il résulte de ces textes que l’agent immobilier, en tant que mandataire, est tenu d’exécuter sa mission avec diligence et prudence.

Cette obligation inclut un devoir de vérification et de conseil, en particulier lorsque les conditions de financement de l’acquéreur présentent un risque.

En cas de manquement, sa responsabilité contractuelle peut être engagée, à condition de démontrer une faute, un préjudice et un lien de causalité.


2. Jurisprudence applicable

La jurisprudence a déjà été amenée à se prononcer sur ce sujet en considérant que :

  • L’agent immobilier doit justifier avoir conseillé au vendeur de prendre des garanties ou de l’avoir mis en garde contre le risque d’insolvabilité de l’acquéreur qu’il leur avait présenté. (Cass. 1re civ., 11 déc. 2019, n° 18-24.381)
  • l’agent immobilier engage sa responsabilité et considère qu’il a manqué à son obligation de moyens d’assurer l’efficacité de l’acte et n’a pas respecté son obligation d’information, de conseil et de mise en garde puisqu’il n’a pas vérifié la solvabilité de l’acquéreur qu’il a présenté à son mandant. (Cour d’appel, Douai, 1re chambre, 1re section, 1 Avril 2021 n°19/01359)

L’agent immobilier engage effectivement sa responsabilité au titre du manquement à son obligation de conseil :

  • lorsqu’au vu du jeune âge des acquéreurs et de leur absence de ressources professionnelles il s’abstient de vérifier leur solvabilité et de s’assurer des moyens de paiement du prix (CA Douai, 12 janv. 2004, n° 02/04879).
  • lorsqu’il ne vérifie pas la solvabilité du candidat au vu du montant du prêt et de l’importance des échéances de remboursement (CA Versailles, 3e ch., 3 mars 2011).

Il lui appartient de se procurer des renseignements sur la situation financière du candidat acquéreur se proposant de financer l’acquisition à l’aide de deniers personnels et de s’assurer de sa solvabilité au moins apparente (CA Douai, 1re ch., 1re sect., 21 janv. 2013, n° 12/004414 ; CA Paris, pôle 2, ch. 2, 30 mai 2014, n° 13/03516 ).


3. Faits et procédure

En l’espèce, des vendeurs avaient confié à une agence immobilière un mandat de vente portant sur une maison d’habitation.

Par son intermédiaire, un compromis de vente a été signé avec un acquéreur pour un prix de 750 000 euros, assorti d’une clause pénale de 50 000 euros.

L’acquéreur avait déclaré financer l’opération sans recourir à un prêt bancaire.

La vente n’a toutefois jamais été réitérée par acte authentique. L’acquéreur n’a pas versé le dépôt de garantie et a disparu de son domicile.

Les vendeurs ont alors assigné l’acquéreur, l’agence immobilière et son assureur, reprochant notamment à l’agent de ne pas avoir vérifié la solvabilité de l’acquéreur avant la signature du compromis.


4. Responsabilité de l’agent immobilier

La cour d’appel constate la résolution de la vente et condamne l’acquéreur au paiement de la clause pénale et retient surtout la responsabilité de l’agence immobilière.

Elle relève que celle-ci ne produit aucun élément démontrant qu’elle aurait vérifié la solvabilité de l’acquéreur ou la disponibilité des fonds avant la signature du compromis, alors même que celui-ci prétendait acheter sans emprunt.

Elle constate également que les diligences de vérification n’ont été entreprises qu’après l’expiration du délai de réitération.

La cour en déduit que l’agence a commis une faute dans l’exécution de son mandat et la condamne, avec son assureur, à indemniser les vendeurs à hauteur de 50 000 euros.

Cour d’Appel de Montpellier, 26 février 2026, n° 21/04108


5. Analyse de la décision

L’intérêt principal de la décision réside dans la précision apportée au contenu de l’obligation de moyens de l’agent immobilier.

Si cette obligation n’impose pas à l’agent de garantir la solvabilité de l’acquéreur, elle exige en revanche qu’il accomplisse des diligences sérieuses de vérification. L’arrêt souligne que ces diligences doivent intervenir en amont de la signature du compromis et non a posteriori.

La décision met également en lumière une situation à risque bien identifiée : celle de l’acquéreur déclarant financer comptant l’opération. Dans une telle hypothèse, l’agent ne peut se contenter des seules déclarations de l’acquéreur et doit être en mesure de justifier de vérifications concrètes.


6. Portée pratique de la décision

Cette décision rappelle aux agents immobiliers l’importance de formaliser leurs diligences, notamment en matière de vérification de la solvabilité et de la provenance des fonds. L’absence de preuve de ces vérifications constitue un risque majeur en cas de contentieux.

Elle souligne également l’importance d’une coopération étroite avec le notaire, particulièrement lorsque l’acquéreur déclare financer l’opération sans recours à un crédit.

Pour les vendeurs, l’arrêt offre un levier d’action efficace en cas de défaillance de l’acquéreur, en permettant d’engager la responsabilité de l’intermédiaire.


FAQ

L’agent immobilier doit-il vérifier la solvabilité de l’acquéreur ?
Oui, il est tenu d’une obligation de moyens qui inclut des diligences de vérification, notamment lorsque l’acquéreur déclare financer sans emprunt.

L’agent immobilier garantit-il la solvabilité de l’acquéreur ?
Non. Il ne s’agit pas d’une obligation de résultat, mais d’une obligation de vérification et de vigilance.

L’agent peut-il se contenter des déclarations de l’acquéreur ?
Non. Il doit être en mesure de justifier de vérifications concrètes.

Peut-il percevoir une somme avant la signature de l’acte authentique ?
Non, la réglementation lui interdit toute perception avant la conclusion effective de la vente.

Le vendeur peut-il engager la responsabilité de l’agent ?
Oui, en cas de faute dans l’exécution du mandat ayant causé un préjudice.

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